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Au-delà de la philosophie pure

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L'homme tue la femme rend fou - Philippe De Vulpilleres
Grosso modo : en tant que fervent chrétien, De Vulpillieres nous dit, et en cela, rien de nouveau sous le soleil, que certaines engeances, dont des féministes, ovationneraient l’indécence, la fornication et « Mammon » (le dieu argent). Et que les croyants, surtout chrétiens comme lui, s’en émanciperaient grâce à la puissance vertueuse sur laquelle repose leur idéologie.
On est toujours sur la même dichotomie entre le bien et le mal.
D’un côté, les féministes diaboliques ; de l’autre, les croyants purs.
Plusieurs objections sont à apporter à ce constat. Premièrement, il faut démontrer que le diable existe. J’explique, entre autres, dans mon livre, que le concept du diable serait basé sur celui qui aurait eu le libre arbitre de se désintéresser de lui-même, ce qui est impossible, car tout choix n’est qu’intéressé. Aucun choix n’est désintéressé. Je m’explique.
Le diable aurait eu connaissance de la bienfaisance de Dieu pour lui, mais aurait préféré le mal, pour le mal. C’est-à-dire qu’il savait que Dieu était le meilleur pour lui, mais a choisi le moins bon. C’est impossible. Si l’on sait qu’une chose est meilleure pour nous plutôt qu’une autre, il est impossible de choisir l’autre : tout choix est intéressé.
Il n’y a donc, bien évidemment, pas de libre arbitre, puisque cela ne peut aller que dans un seul sens : celui que nous estimons aller dans notre intérêt ; le contraire est impossible.
Deuxième objection : comment peut-il nous dépeindre la foi chrétienne comme émancipatrice absolue de tous ces maux de notre société dont il parle, en ne nous parlant jamais de ceux qui, entre autres, entachent depuis toujours le corps ecclésiastique, et pas des moindres, à savoir la pédophilie…
Le constat qu’il fait concernant les pathologies sociales que le féminisme entretiendrait est cela dit intéressant ; en cela, je recommande son livre. Mais en faisant de cette idéologie un mal, tel le diable, qui voudrait s’autodétruire, il dépasse la raison et tombe dans la passion, ce qui, de facto, altère la bonne compréhension du réel et limite donc sa pertinence.
Je pense qu’il faut lire ce livre, mais lire avant tout Spinoza en amont, pour ne pas tomber, guidé par la peur du diable, dans ces idées aux arrière-goûts de complotisme.
50 nuances de grey
La scène, selon moi, majeure dans ce film, est celle où l’acteur principal dévoile son « secret » à la fille via cette phrase clé : « je ne fais pas l’amour, je baise », avant de lui montrer tout son attirail SM.
L’homme a en général du mal à concevoir cette phrase (il bug), qui pourtant est celle sur laquelle repose, selon moi, tout le succès de ce film auprès des femmes.
La femme fantasme, à travers ce film, d’être baisée, avilie, et non fêtée, élogiée.
La logique masculine s’arrête généralement ici et à ce qu’il voit comme un paradoxe : comment peut-on vouloir ne pas être fêtée, mais avilie ?
Il ne comprend pas que la femme est fêtée depuis toujours, lui ne l’est jamais. L’homme est dans l’ombre, il façonne l’aisance matérielle pour les autres, sans jamais être fêté, pendant que la femme, elle, façonne l’aisance idéologique pour elle et ses enfants, en étant le centre d’attention, sous les projecteurs.
L’homme est celui qui doit faire sortir l’enfant de son idéologie autocentrée, ainsi formée par sa mère, et lui apprendre l’utilité de servir la communauté. Cette dernière partie, en un sens, De Vulpillieres l’a très bien comprise et l’explique merveilleusement bien.
Ce qu’il a, je pense, moins bien compris, étant trop autocentré sur son versant masculin jamais fêté, et qu’il interprète du coup comme étant l’émanation du diable, c’est que cette femme fantasme d’être avilie, et non fêtée.
Cela fait pourtant sens.
Elle est déjà autocentrée, déjà fêtée, depuis toujours.
Elle veut, par cet avilissement, une figure masculine visant à la sortir d’elle-même, à la décentrer, pour ne plus être exagérément fêtée dans son monde féminin, mais être traitée à la place que l’homme lui octroie dans son monde masculin, dans lequel il façonne l’aisance matérielle des autres.
C’est une forme d’éducation, partant de zéro.
Cet avilissement est l’expression, par l’homme, de la place qu’il estime qu’elle mérite dans son monde masculin, en bas de l’échelle, et de sa volonté de l’éduquer (le geste de la fessée étant la correction) pour lui permettre d’y accéder.
Il est sincère, et la femme, de par son aisance émotionnelle, le ressent et ne bronche pas. Bien au contraire, elle ne souhaite que cela : y accéder. Le succès de ce film auprès des femmes, notamment de cette scène en particulier, en est la preuve.
Elle reconnaît, en celui qui la corrige correctement, celui qui lui permet d’accéder à la participation de la construction matérielle pour la communauté, le futur père qui corrigera correctement ses enfants, leur permettant aussi d’y accéder.
C’est un avant-goût, en quelque sorte : elle jouit de savoir qu’elle est face au père digne de son rôle.
Elle ne reconnaît pas, en celui qui ne fait que la fêter, celui qui ne fera que fêter ses enfants, puisque c’est déjà son rôle à elle.
Cette porte qu’il ouvre, donnant sur la pièce qu’elle découvre, représente le passage de l’enfance au monde extérieur. Un monde fait de pièges, de manigances, d’absurdités, en un mot : de difficultés.
Sous la présence d’une figure masculine qui encadre cette découverte, elle est amenée à se confronter à cet extérieur, à en éprouver les règles, les tensions, les contraintes. Elle ne reste plus dans un espace protégé, elle entre dans un monde qui exige d’elle une adaptation.
C’est dans cette confrontation qu’elle apprend à se mouvoir, à comprendre, à se transformer. Et, à terme, à tenter, comme lui, d’y trouver sa place et d’en devenir un membre actif.