Le sacrifice peut-il s’acheter ?

Publié le 4 août 2026 à 07:46

Les gens qui ont pour objectif de nous berner, de nous duper, tout en ayant également pour vocation d’être nos amis, nous donnent aussi l’occasion de surmonter leurs trahisons, en nous permettant d’affûter notre flair.

Ça pourrait être simple, c’est vrai, on pourrait être amis, mais ils ne peuvent s’empêcher, par peur, d’user de stratégies pernicieuses, au fur et à mesure desquelles, lorsque celles-ci atteignent leurs cibles convoitées, ils se renforcent dans l’idée que l’amitié peut donc être achetée, comme n’importe quelle transaction financière entre un fournisseur et son client, dont l’un fournit sa marchandise, l’autre la paie, la reçoit, et l’affaire est réglée, comme le dit la fameuse expression : « Les bons comptes font les bons amis. »

Dans le cas d’une transaction marchande, celle-ci est encadrée par des textes, des lois, que les hommes ont créés pour exclure toute possibilité de duperie, de privilège déloyal obtenu de la part d’un homme sur un autre.

En commerce, on parlera donc de partenaires.

Les bons comptes font donc les bons partenaires.

Je pense que le mot « amis » dans cette expression est employé volontairement à tort, motivé par un optimisme naïf et dénué de subtilité.

Appliquer cette maxime en amitié, c’est obligatoirement faire appel à son orgueil, car c’est ne prendre pour lois que sa propre subjectivité.

Je vais développer.

En commerce, le fournisseur fixe son prix en se basant sur les prix pratiqués entre les autres fournisseurs et leurs clients. Son client accepte ce prix ou pas, et signe ou pas le contrat qui les liera à cette transaction.

Seulement, si l’on applique cette maxime en amitié, et que la personne faisant office de fournisseur base ses prix, ou, par analogie, le niveau de ses services, sur ceux pratiqués dans les autres cercles d’amis, ce n’est plus une amitié, mais une sorte de pâle copie, car en amitié le désavantage n’est pas forcément, comme dans le cas du commerce, le signe automatique d’une duperie, car il y a l’instinct de protection, donc de sacrifice, ayant besoin d’être assouvi, qui n’a pas du tout sa place en commerce pur.

Le commerce n’est qu’une histoire de recherche de profits personnels passant par des interactions entre personnes, régies par des codes, des lois, afin que ces profits convoités puissent se réaliser dans les meilleures conditions.

La finalité est uniquement la richesse, le confort matériel.

Un commerçant sera satisfait, et sera d’ailleurs vu comme tel par les autres, en tant qu’il aura réussi à s’enrichir dans le cadre des lois qui l’y autorisent.

Comme nous l’avons vu, l’amitié est tout autre. Un ami se sacrifiant pour un autre accomplit un acte n’entrant pas dans le cadre des lois du commerce ; cependant, cela n’en reste pas moins un bon ami, et il est vu comme tel par les autres.

Cependant, vu que cet acte n’entre dans aucun cadre législatif, il est totalement subjectif, et donc seule la personne pour qui il se sacrifie est en droit de juger si ce sacrifice en est bel et bien un.

Et qu’elle se trompe ou pas sur la nature de ce sacrifice n’est même pas le plus important, vu qu’un sacrifice n’est pas, par définition, réalisé en vue de s’enrichir personnellement, mais d’enrichir l’autre.

Le seul but recherché du sacrifice est le bien de l’autre ; donc, si l’autre ne se sent pas bien, alors le sacrifice ne peut pas être considéré comme pleinement accompli.

Et si la personne disant s’être sacrifiée n’accepte pas la réaction de l’autre consistant à nier ce sacrifice, cela veut dire que le sacrifice en question n’en était tout simplement pas un, mais une démarche intéressée ayant eu pour objectif son propre enrichissement avant le bien de l’autre. Ce qui, comme nous l’avons vu, est incompatible avec la définition même du sacrifice.

Pour résumer : un sacrifice ne peut pas être mis sur le même plan qu’une transaction commerciale, car il ne repose pas sur les mêmes lois.

Le sacrifice n’est pleinement réalisé que si la personne vers qui il s’oriente le reconnaît comme tel. À défaut, l’intention de se sacrifier peut exister, mais sa finalité, qui est le bien de l’autre, n’est pas atteinte, le sacrifice en question ne peut donc pas être admis comme tel.

Dans le cadre d’une transaction commerciale légale, que l’un ou l’autre soit satisfait ou non ne change rien à sa légitimité.

Le but premier du commerçant n’est pas de satisfaire son client, mais avant tout de s’enrichir. Si le client est par la suite satisfait, c’est un plus, toujours dans l’optique que cela lui permettra de s’enrichir encore davantage.

Le sacrifice est la recherche de son bien passant par celui de l’autre.

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.