La scène, selon moi, majeure dans ce film, est celle où l’acteur principal dévoile son « secret » à la fille via cette phrase clé : « je ne fais pas l’amour, je baise », avant de lui montrer tout son attirail SM.
L’homme a en général du mal à concevoir cette phrase (il bug), qui pourtant est celle sur laquelle repose, selon moi, tout le succès de ce film auprès des femmes.
La femme fantasme, à travers ce film, d’être baisée, avilie, et non fêtée, élogiée.
La logique masculine s’arrête généralement ici et à ce qu’il voit comme un paradoxe : comment peut-on vouloir ne pas être fêtée, mais avilie ?
Il ne comprend pas que la femme est fêtée depuis toujours, lui ne l’est jamais. L’homme est dans l’ombre, il façonne l’aisance matérielle pour les autres, sans jamais être fêté, pendant que la femme, elle, façonne l’aisance idéologique pour elle et ses enfants, en étant le centre d’attention, sous les projecteurs.
L’homme est celui qui doit faire sortir l’enfant de son idéologie autocentrée, ainsi formée par sa mère, et lui apprendre l’utilité de servir la communauté. Cette dernière partie, en un sens, De Vulpillieres l’a très bien comprise et l’explique merveilleusement bien.
Ce qu’il a, je pense, moins bien compris, étant trop autocentré sur son versant masculin jamais fêté, et qu’il interprète du coup comme étant l’émanation du diable, c’est que cette femme fantasme d’être avilie, et non fêtée.
Cela fait pourtant sens.
Elle est déjà autocentrée, déjà fêtée, depuis toujours.
Elle veut, par cet avilissement, une figure masculine visant à la sortir d’elle-même, à la décentrer, pour ne plus être exagérément fêtée dans son monde féminin, mais être traitée à la place que l’homme lui octroie dans son monde masculin, dans lequel il façonne l’aisance matérielle des autres.
C’est une forme d’éducation, partant de zéro.
Cet avilissement est l’expression, par l’homme, de la place qu’il estime qu’elle mérite dans son monde masculin, en bas de l’échelle, et de sa volonté de l’éduquer (le geste de la fessée étant la correction) pour lui permettre d’y accéder.
Il est sincère, et la femme, de par son aisance émotionnelle, le ressent et ne bronche pas. Bien au contraire, elle ne souhaite que cela : y accéder. Le succès de ce film auprès des femmes, notamment de cette scène en particulier, en est la preuve.
Elle reconnaît, en celui qui la corrige correctement, celui qui lui permet d’accéder à la participation de la construction matérielle pour la communauté, le futur père qui corrigera correctement ses enfants, leur permettant aussi d’y accéder.
C’est un avant-goût, en quelque sorte : elle jouit de savoir qu’elle est face au père digne de son rôle.
Elle ne reconnaît pas, en celui qui ne fait que la fêter, celui qui ne fera que fêter ses enfants, puisque c’est déjà son rôle à elle.
Cette porte qu’il ouvre, donnant sur la pièce qu’elle découvre, représente le passage de l’enfance au monde extérieur. Un monde fait de pièges, de manigances, d’absurdités, en un mot : de difficultés.
Sous la présence d’une figure masculine qui encadre cette découverte, elle est amenée à se confronter à cet extérieur, à en éprouver les règles, les tensions, les contraintes. Elle ne reste plus dans un espace protégé, elle entre dans un monde qui exige d’elle une adaptation.
C’est dans cette confrontation qu’elle apprend à se mouvoir, à comprendre, à se transformer. Et, à terme, à tenter, comme lui, d’y trouver sa place et d’en devenir un membre actif.
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